Les investisseurs étrangers ont boudé la Flandre en 2009. En cause, le coût du travail et des aides moins intéressantes qu’en Wallonie
Dans la course aux investissements étrangers, la Wallonie fait aujourd 'hui mieux que se défendre. En 2009, elle a attiré 67 nouveaux projets, bons pour 2.038 nouveaux emplois, contre 78 projets en Flandre (2.833 emplois).C'est ce qui ressort de l'étude annuelle de PLI (Plant Location International), une division d'IBM spécialisée dans le conseil à l'investissement au niveau mondial.
Notons que cette étude recense uniquement les projets d'investissement générateurs d'emplois nouveaux. Elle ne tient dès lors pas compte des investissements purement financiers, comme les fusions ct acquisitions par exemple, un domaine où la Belgique est traditionnellement davantage présente.
En 2009, 182 nouveaux projets d'investissement étranger ont été recensés pour l'ensemble du pays, contre 192 en 2008 et 240 en 2007. C'est une chute sévère qui contraste avec la plupart des autres pays d'Europe de l'Ouest et d'Amérique du Nord, où les investissements étrangers sont restés assez stables malgré la crise. «Ce sont surtout les marchés émergents qui ont pâti de la crise et ont vu beaucoup de gros investissements gelés ou abandonnés», fait remarquer Roel Spee, global leader de la société PLl.
A ses yeux, le recul enregistré par la Belgique témoigne d'une moindre attention accordée aux investissements étrangers ces dernières années. « Le facteur qui nous handicape, ce sont les coûts, soit principalement le coût salarial et l'impôt des sociétés», note Roel Spee.
Certes, la Belgique peut se prévaloir de ses intérêts notionnels mais cela ne suffit pas en soi. « Lorsqu'un investisseur fait son shopping parmi les 30 pays européens, il regarde d'abord le taux facial à l'impôt des sociétés et le coût du travail. Les intérêts notionnels, qui demeurent un concept assez complexe pour l'investisseur, ont surtout permis de consolider des investissements existants», explique Roel Spee.
Sans oublier que nos concurrents directs disposent également d’instruments sur mesure pour les investisseurs. Ainsi, les Pays-Bas proposent depuis le 1er janvier 2010 l’«interest-box» qui constitue une réponse directe aux intérêts notionnels.
Si dans cette concurrence impitoyable, la Wallonie parvient à mieux se profiler que la Flandre, c'est grâce à deux atouts principaux. Un : le sud du pays dispose de terrains en nombre et abordables. Deux: les subsides à l'investissement sont nettement plus importants en Wallonie. Une conséquence du Plan Marshall? «Pas directement», répond Roel Spee, qui pointe avant tout le cadre européen, qui permet à la Wallonie de se montrer plus généreuse que la Flandre à l'égard des candidats investisseurs. Une flexibilité motivée par le retard de développement de la Wallonie.Résultat: des investissements retentissants ont pu se matérialiser récemment. Parmi ceux-ci, citons Hennes & Mauritz à Ghlin (450 emplois), Dow Corning à Feluy (134 emplois) ou encore Baxter à Lessines (120 emplois). Au niveau des provinces, l’étude PLI -IBM montre une progression importante du nombre de nouveaux projets dans le Hainaut, en province de Liège et dans le Brabant wallon. Anvers et le Brabant flamand accusent par contre un recul sévère.
DANGEREUSE INSTABILITÉ
Reste à voir si l'instabilité politique belge est une source d'inquiétude pour les investisseurs étrangers. «L'instabilité ne pèse pas sur les chiffres actuels, mais à la longue, cela risque d'être le cas», prévient Roel Spee. « La Belgique héberge beaucoup de filiales de multinationales qui communiquent avec leurs quartiers généraux. Il faut faire attention, car une perception négative, une fois ancrée dans les esprits, est très difficile à chasser».
Roel Spee, Jean-Paul Bombaerts – L’ECHO – 27/05/2010